Le tintamarre : une tradition née en 1955

A hand-colored view of an Acadian farm and the village of Grand-Pré beside the Basin of Minas, with cottages, fields, mountains, people, horses, and carts.

French Reading Practice

How to use this reading

This French-language reading is about the tintamarre, the noisy parade Acadians hold every August 15, and about a question the parade raises: it was invented in 1955, so is it really a tradition? The text gives both answers and picks neither.

  • Best for: B1 learners, and confident A2 readers who don’t mind looking a few words up
  • Practice focus: passé composé and imparfait in a historical narrative, cultural history vocabulary, weighing two points of view
  • Before you read: note every year that appears in the text. The whole argument turns on which one is oldest.

Vocabulary help

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Le tintamarre et le peuple acadien

Le 15 août, en Acadie, les rues font un bruit énorme. Des milliers de personnes sortent de chez elles avec des casseroles, des cloches, des sifflets et des klaxons. Elles marchent, elles crient, elles frappent sur tout ce qui peut résonner. Cette parade s’appelle le tintamarre, et c’est aujourd’hui le symbole le plus visible de la fête nationale de l’Acadie.

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L’Acadie n’est pas un pays. C’est un peuple francophone installé dans les provinces maritimes du Canada, surtout au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard.

En 1755, les autorités britanniques ont déporté des milliers d’Acadiens. On appelle cet événement le Grand Dérangement. Beaucoup de familles ont tout perdu ; certaines sont arrivées en Louisiane, où leurs descendants sont devenus les Cadiens, que l’anglais a transformés en « Cajuns ».

← Back to question 2

De 1881 à 1955 : la naissance de symboles acadiens

Plus tard, les Acadiens se sont organisés. En 1881, à Memramcook, une première convention nationale a choisi le 15 août comme fête nationale. En 1884, à Miscouche, une deuxième convention a adopté le drapeau acadien : le bleu, le blanc et le rouge de la France, avec une étoile jaune dans la bande bleue.

← Back to question 3

← Back to question 5

Le tintamarre, cependant, est beaucoup plus récent. Le premier a eu lieu le 10 août 1955, à Moncton, pour le deux centième anniversaire de la déportation. L’archevêque Norbert Robichaud avait invité les familles acadiennes à réciter une prière au son des cloches de la ville, puis à faire « un joyeux tintamarre » avec ce qu’elles avaient sous la main : des sifflets, des klaxons d’automobile, des sonnettes de bicyclette, des jouets.

← Back to question 4

L’idée a plu. On l’a répétée, puis elle s’est installée. Soixante et onze ans plus tard, personne ne fête le 15 août sans lui.

Une tradition récente peut-elle être vraie ?

C’est ici que commence une question intéressante. Le mot « tradition » suggère quelque chose de très ancien, que l’on reçoit de ses grands-parents sans savoir qui l’a commencé. Or le tintamarre a été inventé en 1955, devant des témoins, avec une date et une ville précises. Est-ce que cela en fait une tradition moins vraie ?

Pour certains, la réponse est non. Une tradition n’est pas un objet que l’on garde dans un musée ; c’est quelque chose que l’on fait. Ce qui compte, c’est que des milliers de personnes la répètent chaque année et qu’elle leur dise quelque chose. Le tintamarre relie une douleur ancienne, la déportation, et une joie présente : nous sommes encore là.

← Back to question 7

Pourquoi l’âge du tintamarre compte encore

Pour d’autres, il faut rester prudent avec ce mot. Si l’on appelle « tradition » une pratique de 1955, on risque d’oublier ce qui a réellement disparu entre 1755 et aujourd’hui : des villages, des chansons, des façons de parler dont il ne reste presque rien. Ces personnes ne demandent pas qu’on arrête le tintamarre. Elles demandent simplement qu’on dise la vérité sur son âge.

← Back to question 6

Les deux positions se défendent. Et le 15 août prochain, pendant que les cloches sonneront et que les casseroles feront leur vacarme, la question restera ouverte au milieu du bruit.


Compréhension

Répondez en français.

1. Que font les gens dans la rue le 15 août en Acadie ? Review the passage

Answer 1 / Réponse 1

Ils sortent dans la rue avec des casseroles, des cloches, des sifflets et des klaxons, et ils font le plus de bruit possible. Cette parade s’appelle le tintamarre.

2. Qu’est-ce que le Grand Dérangement, et en quelle année a-t-il commencé ? Review the passage

Answer 2 / Réponse 2

C’est la déportation des Acadiens par les autorités britanniques. Elle a commencé en 1755.

3. Quelles décisions les conventions de 1881 et de 1884 ont-elles prises ? Review the passage

Answer 3 / Réponse 3

En 1881, à Memramcook, la première convention a choisi le 15 août comme fête nationale. En 1884, à Miscouche, la deuxième a adopté le drapeau acadien.

4. Où et quand a eu lieu le premier tintamarre, et pour quel anniversaire ? Review the passage

Answer 4 / Réponse 4

Le 10 août 1955, à Moncton, pour le deux centième anniversaire de la déportation.

5. Pourquoi le texte dit-il que le tintamarre est « beaucoup plus récent » que la fête elle-même ? Review the passage

Answer 5 / Réponse 5

Parce que la fête date de 1881 et le drapeau de 1884, mais le tintamarre n’existe que depuis 1955. Il est donc beaucoup plus jeune que la fête qu’il représente.

6. Que craignent les personnes qui préfèrent rester prudentes avec le mot « tradition » ? Review the passage

Answer 6 / Réponse 6

Elles craignent qu’en appelant « tradition » une pratique de 1955, on oublie ce qui a vraiment disparu entre 1755 et aujourd’hui : des villages, des chansons, des façons de parler.

7. Le texte dit que le tintamarre « relie une douleur ancienne et une joie présente ». Expliquez cette phrase avec vos propres mots. Review the passage

Model response 7 / Exemple 7

Réponse possible : le tintamarre rappelle une catastrophe, la déportation, mais il la rappelle en faisant la fête. Le bruit dit à la fois « on nous a chassés » et « nous sommes toujours là ».


Vocabulaire

Show the vocabulary list (20 words) / Afficher le vocabulaireHide the vocabulary list / Masquer le vocabulaire
Mot françaisEnglishDéfinition (français)
le bruitnoiseson fort, souvent désagréable
une casserolesaucepan, potrécipient de cuisine avec un manche
un siffletwhistlepetit objet qui produit un son aigu quand on souffle dedans
un klaxoncar hornappareil sonore d’une automobile
résonnerto resound, to ring outproduire un son fort qui se prolonge
le tintamarredin, racketbruit très fort produit par beaucoup de personnes ou d’objets
les provinces maritimesthe Maritime provincesles provinces canadiennes situées au bord de l’Atlantique
déporterto deportobliger une population à quitter son territoire
le Grand Dérangementthe Great Upheavalnom donné à la déportation des Acadiens à partir de 1755
un descendanta descendantpersonne qui vient d’une famille, plusieurs générations plus tard
une conventiona convention, an assemblygrande réunion où des délégués prennent des décisions
un drapeaua flagpièce de tissu qui représente un pays ou un peuple
un archevêquean archbishopévêque placé à la tête d’une grande région religieuse
une sonnettea bell (bicycle bell, doorbell)petit appareil qui sert à faire un signal sonore
sous la mainat hand, within reachtout près, disponible immédiatement
plaire (à)to please, to go down wellêtre apprécié de quelqu’un
un témoina witnesspersonne qui a vu ou entendu quelque chose
relierto connect, to linkmettre deux choses en relation
la douleurpain, griefsouffrance physique ou morale
le vacarmeuproar, racketbruit très fort et désordonné

À vous de réfléchir

  1. À votre avis, combien de temps faut-il pour qu’une pratique devienne une tradition ? Justifiez votre réponse.
  2. Existe-t-il, dans votre famille ou dans votre région, une « tradition » plus récente qu’elle n’en a l’air ? Racontez-la en quelques phrases.
  3. D’accord ou pas d’accord ? « Une tradition inventée récemment vaut autant qu’une tradition très ancienne. » Donnez deux raisons.
Model responses / Exemples

Il n’y a pas de bonne réponse. Voici deux réponses modèles à la question 3, qui défendent des positions opposées.

Position 1 : d’accord. Une tradition n’a pas de valeur parce qu’elle est vieille, mais parce qu’elle réunit des gens. D’abord, toutes les traditions anciennes ont été nouvelles un jour ; quelqu’un les a commencées, et on a simplement oublié son nom. Ensuite, le tintamarre fait aujourd’hui exactement ce qu’on attend d’une tradition : il rassemble une communauté à une date fixe et il lui rappelle son histoire. Son âge ne change rien à cela.

Position 2 : pas d’accord. Les mots doivent rester précis. D’abord, une tradition ancienne porte une transmission réelle : des gestes appris de personnes qui les tenaient elles-mêmes de quelqu’un d’autre. Une pratique de 1955 n’a pas cette chaîne. Ensuite, employer le même mot pour les deux risque de cacher une perte : si le tintamarre remplace dans nos mémoires les chansons et les villages disparus, on célèbre l’Acadie tout en oubliant ce qu’elle a perdu. On peut aimer le tintamarre et refuser de le confondre avec ce qui est venu avant lui.


Point de grammaire

Structure: passé composé and imparfait in a historical narrative.

Why it appears: the reading keeps moving between things that happened once and the situations around them, which is exactly the split these two tenses handle.

Examples from the text

  • « En 1755, les autorités britanniques ont déporté des milliers d’Acadiens. » In 1755, the British authorities deported thousands of Acadians. One finished event, with a date on it.
  • « Le premier a eu lieu le 10 août 1955, à Moncton. » The first one took place on August 10, 1955, in Moncton. Also finished, also dated.
  • « … avec ce qu’elles avaient sous la main. » … with whatever they had at hand. A state that was simply true at the time, with no start and no end.

Try it. Put each verb in the passé composé or the imparfait.

1. En 1881, les délégués ______ (choisir) le 15 août comme fête nationale.

Answer 1 / Réponse 1

ont choisi, because this is a dated, completed event.

2. Quand j’étais enfant, nous ______ (faire) du bruit chaque 15 août.

Answer 2 / Réponse 2

faisions, because this describes a repeated childhood habit.

3. L’archevêque ______ (inviter) les familles à prier ; elles ______ (avoir) des sifflets et des klaxons.

Answer 3 / Réponse 3

a invité ; avaient, first the completed action, then the situation that existed around it.

Mini-rule: use the passé composé for what happened and pushed the story forward. Use the imparfait for what was already going on around it: settings, states, habits, descriptions. If you can put a date on it, it’s usually the passé composé.


Pour aller plus loin

  • The Acadian flag is the French tricolour with a gold star in the blue band, the Stella Maris of the Virgin Mary. The same 1884 convention at Miscouche also adopted the motto “L’union fait la force” and the anthem Ave Maris Stella.
  • Louisiana’s Cajuns descend from Acadians deported after 1755. The French word is “Cadien”; English wore it down into “Cajun.”
  • August 15 is also the Feast of the Assumption. The 1881 convention chose it on purpose, so the religious feast and the national day share a date.

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